Un style Décomplexé

In Les Grands Ballets de Tahiti by Tamapeva

Un Style Décomplexé

 

I

l faut reconnaître que l’énergie qu’exerce en nous cette force majeure qui naît de l’informe et de l’informel, du besoin de montrer ce qui ne se voit pas à l’oeil nu, de créer des gestes en gestation pour que naissent des « gestures », mouvements assemblés qui racontent ce qui n’a pas de mot , notre passion semble de brics et de brocs, échafaudage d’un immeuble sans étage aux armatures si complexes, qu’au lendemain même de sa construction, il faut avoir le courage de tout déconstruire au nom d’une perfection géométrique, antigravitationnelle, onirique et parfois même, narcissique.

Finalement, c’est peut-être l’incertitude des formes qui nous conforte dans l’idée d’une immortalité qui nous permettrait d’acquérir une accessibilité permanente à ces rêves qui dominent notre inconscient et habite notre conscience du tout à partir du rien!

Mais alors, qui contrôle quoi et qui contrôle qui? Pourquoi je danse? Pour qui je danse?

Qui en moi forme cette bâtisse sans nom pour qu’elle devienne aux yeux du public, cet édifice qui se donne en spectacle? Je vis une expérience de vie qui forge et façonne…Est-elle imaginaire ou est-elle réelle?

De toute évidence, avec Les Grands Ballets de Tahiti, il y a quelque chose de « cosmique »…

Peut-être suis-je le produit d’une alchimie virtuelle, d’une équation de laboratoire, un hasard interstellaire issu d’une formule mathématique ou encore, la projection synthétisée de la mécanique cantique?

Pourtant, mes gestes, sont bien là et je dois les calculer, les mémoriser et les interpréter…Mon corps, je dois apprendre à le dompter si je veux danser sans mécanisme ni automatisme programmé.

Si je veux danser dans les Grands Ballets de Tahiti et si je veux me donner la chance de sauver le peu qui reste encore de moi, je dois avant tout penser « artiste » avant de penser danseur.

Il me faut me libérer de mes entraves qui favorisent mon immobilisme conservateur, échapper à ces cohortes de préjugés qui écrasent mes ardeurs artistiques. Moi qui ne suis qu’une minuscule molécule au coeur d’une myriade de particules, je dois me défaire de l’idée de reproduire car je dois produire!

Produire, des lignes circonflexes, des courbes droites, agir sur les énergies sombres et créer des faisceaux de lumières, devenir le passeur entre deux mondes où le positionnement dans l’espace et le temps n’ont d’importance que si mon existence devient une interaction de mes sens désinhibés, poussés par la nécessité de me connecter aux autres afin de partager et produire de l’énergie.

Voilà comment je définirai Les Grands Ballets de Tahiti.

Les architectes sont des alchimistes, le spectacle est la représentation physique et matérialisée d’une énergie, la scène, un laboratoire.. Quant aux artistes, ils sont des précurseurs , les initiateurs habités d’un monde nouveau où se déploient des vagues émotionnelles.

Il y a une source, un récepteur, des diffuseurs qui à leurs tours, deviennent les représentants galactiques des rêves qui nous inondent dans un dépasser de soi avec pour seul but, celui de vivre quelque chose de différent grâce au talent remarquable qui sommeillait encore hier en nous. (Un souffle que Les Grands Ballets de Tahiti s’appliquent à exacerber).

Dans l’absolu, avec Les Grands Ballets de Tahiti, l’aventure est un pèlerinage, le spectacle une cathédrale, le danseur un missionnaire et l’artistique, un hymne à l’Amour.

C’est une spirale lumineuse, constellée d’audace et de virtuosité reconnaissable à ses figures emblématiques, ses géométries en marge du folklore et la tradition.

Et moi dans ce paysage, je dois choisir ma place. Mais comment m’y prendre avec…

Un style totalement décomplexé!.